Jean de Bengy

P1030762Texte de Jean de Bengy
Inspecteur général de la création et des enseignements artistiques,
ministère de la culture et de la communication

« L’Ĺ“uvre d’Alain Husson-Dumoutier est Ĺ“uvre d’atelier, au sens habituel du terme, et pourtant elle n’est Ĺ“uvre d’artiste pour qui l’atelier clĂ´t un monde, le sien et celui de ses travaux ; il est artiste dans le siècle car il pour-suit d’autres objectifs, mène d’autres actions, Ă  travers une symbiose, oĂą l’art reste la dominante incontestĂ©e.
Artiste complet dans la mesure où il a exploré, grâce à techniques et manières, matériaux et méthodes, ces évolutions complexes qui, dans la continuité de la tâche accomplie, les présences du doute, les fluidités des réussites, les lourdeurs des échecs, la jouissance du possible, fondent une œuvre.

Parvenu Ă  extraire l’essentiel, arrivĂ© beaucoup plus loin que ce qui est appelĂ©, un peu schĂ©matiquement, la maturitĂ©, Ă©tant parvenu Ă  cette connaissance, rassemblant savoir intellectuel, savoir artistique et savoir-faire, il est entrĂ© dans le rĂŞve de tout artiste qui, ayant rĂ©alisĂ© une Ĺ“uvre, parvient Ă  l’Ĺ“uvre.
Celle qui se suffit Ă  elle-mĂŞme, tout en ne pouvant exister que par ce qui la prĂ©cède, celle qui pourrait clore et se trouve Ă  l’opposĂ© d’une fin car elle est autant ouverture vers un devenir que retour sur ce qui fut.

Ayant la certitude de pouvoir atteindre ce but, sachant que le moment était venu, Alain Husson-Dumoutier a choisi le plus austère et le plus périlleux des sujets, ces écritures dites saintes ou sacrées, la Bible, les Evangiles, le Coran.
La foi en ses variantes ou en ses absences, donne Ă  ces Ă©crits une texture diffĂ©rente, ils peuvent ou non dĂ©terminer les actes de la vie, fixer les modes de pensĂ©e, ils peuvent aussi n’ĂŞtre que lignes aux somptueuses beautĂ©s littĂ©raires. Pourtant jamais mots ne marquèrent Ă  ce point le destin des hommes, ils sont, et Ă  eux seuls, une partie essentielle de notre histoire et une force dĂ©terminante de notre avenir.

Il fallait aussi une autre approche, celle d’une peinture qui tout en s’insĂ©rant dans l’histoire de l’abstraction en modifie profondĂ©ment les donnĂ©es ; Ă  travers les logiques de l’abstraction se dĂ©finissent assez facilement les apparentements et les oppositions, les rapprochements et les ruptures ; il est d’exercice courant que de placer chaque artiste au cĹ“ur de la filiation qui semble ĂŞtre la sienne. Pourtant Alain Husson-Dumoutier ne se laisse soumettre Ă  ce jeu, n’entre pas plus, Ă  l’Ă©vidence, dans l’abstraction gĂ©omĂ©trique que dans l’abstraction lyrique. »